Matérialisme et réalisme d’un propos nécessaire
Composée au mois de janvier 1848, d’après Emile Bottigelli, le traducteur et préfacier de la présente édition, cette oeuvre de Marx et Engels propose un développement en quatre parties du concept de communisme. De nombreuses références à l’Histoire, notamment à l’Histoire Politique, jalonnent le propos, depuis l’Antiquité jusqu’à celle du XIXe siècle.Les deux auteurs élaborent à cet égard une logique de contradiction au regard de la bourgeoisie et de son hégémonie sur le monde, ce depuis la fin de la féodalité. Cette logique doit se concevoir telle une dialectique humaniste qui ne peut s’entendre sans l’action ; une action de résistance et d’union à mener dans le monde, avec le souci de rendre au peuple, aux travailleurs, leurs droits les plus stricts en matière d’éducation, d’égalité et de justice, autant de valeurs que la République fonde.Marx et Engels pensent et s’adressent aux ouvriers du monde, à la jeunesse, en l’occurrence : « Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu’ils n’ont pas. » Et la condition ouvrière et la condition féminine vont de pair dans l’argumentation du Manifeste. Marx et Engels soutiennent fermement que l’exploitation des femmes doit cesser, de meme que l’exploitation des enfants ; ainsi : « Vous reprochez-nous de vouloir abolir l’exploitation des enfants par leurs parents ? Nous avouons ce crime. […] Il va d’ailleurs de soi que l’abolition des rapports de production actuels fera disparaitre aussi la communauté des femmes qui en résulte, c’est-à -dire la prostitution officielle et officieuse. »L’éducation, de fait, est au coeur du propos, les auteurs préconisent l’instruction pour tous et la fin de l’esclavage, un terme, « l’esclavage », utilisé dès l’ouverture, laquelle met en relation les partis bourgeois et prolétaires sur le mode de l’opposition et d’après le principe de lutte des classes : « Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maitre d’un corps de métier et compagnon, bref, oppresseurs et opprimés ont été en opposition constante. »Au demeurant, le Manifeste du parti communiste peut se comprendre comme un appel, non seulement un appel à la résistance contre toute forme d’oppression mais aussi comme une écriture de la volonté en faveur de la liberté de l’individu et, par conséquent, des peuples du monde entier : « Le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »Marx et Engels écrivent en historiens et philosophes, en pleine révolution industrielle. Ils invitent à une prise de conscience collective autour des dangers de l’exploitation de l’homme par l’homme en citant la mémoire de toutes les sociétés humaines, les dérives politiques préexistant depuis l’Antiquité et leurs conséquences désastreuses sur l’équilibre économique et social du monde. Une prise de conscience qui doit préparer l’avenir selon les valeurs de la Res Publica, valeurs d’égalité, de liberté, de justice et de fraternité pour chacun et pour tous.
« PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! »
Véritable chef-d’oeuvre de concision, le Manifeste commence par ce si célèbre postulat fondateur du matérialisme historique : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maitre d’un corps de métier et compagnon, bref, oppresseurs et opprimés ont été en opposition constante, ils ont mené une lutte ininterrompue, tantot cachée, tantot ouverte, lutte qui chaque fois s’est terminé par une transformation révolutionnaire de la société tout entière ou par la ruine commune des classes en lutte. »Dernière classe victorieuse, la bourgeoisie n’a cependant pas fait disparaitre les luttes de classes : « La société bourgeoise moderne, issue de la ruine de la société féodale, n’a pas aboli les oppositions de classes. Elle n’a fait que substituer aux anciennes des classes nouvelles, des conditions d’oppression nouvelles, de nouvelles formes de lutte. »Classe révolutionnaire par excellence, « la bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner en permanence les instruments de production, donc les conditions de la production, donc l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était au contraire la condition d’existence première de toutes les classes industrielles antérieures. Le bouleversement constant de la production, l’ébranlement incessant de toutes les conditions sociales, l’insécurité et l’agitation perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les époques antérieures. Tous les rapports bien établis, figés par la rouille, avec leur cortège d’idées et de conceptions surannées et vénérables sont dissous ; tous les rapports nouveaux tombent en désuétude avant d’avoir pu se scléroser. Toute hiérarchie sociale et tout ordre établi se volatilisent, tout ce qui est sacré est profané et les hommes sont enfin contraints de considérer d’un oeil froid leur position dans la vie, leurs relations mutuelles. [ ] En un mot, elle [la bourgeoisie] se crée un monde à son image. »Face à elle, « de toutes les classes qui, aujourd’hui, font face à la bourgeoisie, seul le prolétariat est une classe réellement révolutionnaire. Les autres périclitent et sombrent avec la grande industrie, le prolétariat en est le produit le plus spécifique. Les classes moyennes, le petit industriel, le petit commerçant, l’artisan, le paysan, tous combattent la bourgeoisie pour sauver de la ruine leur existence de classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires mais conservatrices. Plus encore, elles sont réactionnaires, car elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. Si elles sont révolutionnaires, elles le sont en considération de leur passage imminent au prolétariat, elles ne défendent pas leurs intérets actuels, mais leurs intérets futurs, elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. Quant au prolétariat en haillons [lumprenproletariat], ce pourrissement passif des couches les plus basses de la vieille société, une révolution prolétarienne pourra le précipiter çà et là dans le mouvement, mais toutes ses conditions d’existence font qu’il sera plus disposé à se laisser acheter pour des machinations réactionnaires. »Moteur de l’histoire, exploité par la bourgeoisie, le prolétariat uni et organisé triomphera inéluctablement, scellant ainsi la victoire du travail sur le capital. C’est une fois au pouvoir que son role messianique se révélera en plein, que quasi-miraculeusement il mettra un terme aux luttes de classes : « Une fois que les différences de classes auront disparu au cours du développement et que toute la production sera concentrée entre les mains des individus associés, les pouvoirs publics perdront leur caractère politique. Le pouvoir politique au sens propre est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. Lorsque dans la lutte contre la bourgeoisie le prolétariat s’unit nécessairement en une classe, qu’il s’érige en classe dirigeante par une révolution et que, classe dirigeante, il abolit par la violence les anciens rapports de production, il abolit du meme coup les conditions d’existence de l’opposition de classes, des classes en général et par suite sa propre domination de classe. A la vieille société bourgeoise avec ses classes et ses oppositions de classes se substitue une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »Confinant au millénarisme, les ultimes paragraphes annoncent l’imminence de la « révolution prolétarienne » : « Les communistes tournent leur attention principale vers l’Allemagne, parce qu’elle est à la veille d’une révolution bourgeoise et qu’elle accomplit cette révolution dans des conditions plus avancées de la civilisation européenne en général et avec un prolétariat bien plus développé que l’Angleterre au XVIIe et la France au XVIIIe siècle, en sorte que la révolution bourgeoise en Allemagne ne peut etre que le prélude immédiat d’une révolution prolétarienne. [ ] Les communistes se refusent à dissimuler leurs opinions et leurs intentions. Ils déclarent ouvertement que leurs fins ne peuvent etre atteintes que grâce au renversement par la violence de tout l’ordre social du passé. Que les classes dominantes tremblent devant une révolution communiste. Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaines. Ils ont un monde à gagner. PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! »
8 réponses à “Avis Manifeste du Parti communiste, de Marx et Engels”
Viatique indispensable
C’est un condensé de la pensée communiste à avoir lu et relu. C’est clair, concis, compréhensible par tous, et indispensable.
Matérialisme et réalisme d’un propos nécessaire
Composée au mois de janvier 1848, d’après Emile Bottigelli, le traducteur et préfacier de la présente édition, cette oeuvre de Marx et Engels propose un développement en quatre parties du concept de communisme. De nombreuses références à l’Histoire, notamment à l’Histoire Politique, jalonnent le propos, depuis l’Antiquité jusqu’à celle du XIXe siècle.Les deux auteurs élaborent à cet égard une logique de contradiction au regard de la bourgeoisie et de son hégémonie sur le monde, ce depuis la fin de la féodalité. Cette logique doit se concevoir telle une dialectique humaniste qui ne peut s’entendre sans l’action ; une action de résistance et d’union à mener dans le monde, avec le souci de rendre au peuple, aux travailleurs, leurs droits les plus stricts en matière d’éducation, d’égalité et de justice, autant de valeurs que la République fonde.Marx et Engels pensent et s’adressent aux ouvriers du monde, à la jeunesse, en l’occurrence : « Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu’ils n’ont pas. » Et la condition ouvrière et la condition féminine vont de pair dans l’argumentation du Manifeste. Marx et Engels soutiennent fermement que l’exploitation des femmes doit cesser, de meme que l’exploitation des enfants ; ainsi : « Vous reprochez-nous de vouloir abolir l’exploitation des enfants par leurs parents ? Nous avouons ce crime. […] Il va d’ailleurs de soi que l’abolition des rapports de production actuels fera disparaitre aussi la communauté des femmes qui en résulte, c’est-à -dire la prostitution officielle et officieuse. »L’éducation, de fait, est au coeur du propos, les auteurs préconisent l’instruction pour tous et la fin de l’esclavage, un terme, « l’esclavage », utilisé dès l’ouverture, laquelle met en relation les partis bourgeois et prolétaires sur le mode de l’opposition et d’après le principe de lutte des classes : « Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maitre d’un corps de métier et compagnon, bref, oppresseurs et opprimés ont été en opposition constante. »Au demeurant, le Manifeste du parti communiste peut se comprendre comme un appel, non seulement un appel à la résistance contre toute forme d’oppression mais aussi comme une écriture de la volonté en faveur de la liberté de l’individu et, par conséquent, des peuples du monde entier : « Le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »Marx et Engels écrivent en historiens et philosophes, en pleine révolution industrielle. Ils invitent à une prise de conscience collective autour des dangers de l’exploitation de l’homme par l’homme en citant la mémoire de toutes les sociétés humaines, les dérives politiques préexistant depuis l’Antiquité et leurs conséquences désastreuses sur l’équilibre économique et social du monde. Une prise de conscience qui doit préparer l’avenir selon les valeurs de la Res Publica, valeurs d’égalité, de liberté, de justice et de fraternité pour chacun et pour tous.
« PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! »
Véritable chef-d’oeuvre de concision, le Manifeste commence par ce si célèbre postulat fondateur du matérialisme historique : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maitre d’un corps de métier et compagnon, bref, oppresseurs et opprimés ont été en opposition constante, ils ont mené une lutte ininterrompue, tantot cachée, tantot ouverte, lutte qui chaque fois s’est terminé par une transformation révolutionnaire de la société tout entière ou par la ruine commune des classes en lutte. »Dernière classe victorieuse, la bourgeoisie n’a cependant pas fait disparaitre les luttes de classes : « La société bourgeoise moderne, issue de la ruine de la société féodale, n’a pas aboli les oppositions de classes. Elle n’a fait que substituer aux anciennes des classes nouvelles, des conditions d’oppression nouvelles, de nouvelles formes de lutte. »Classe révolutionnaire par excellence, « la bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner en permanence les instruments de production, donc les conditions de la production, donc l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était au contraire la condition d’existence première de toutes les classes industrielles antérieures. Le bouleversement constant de la production, l’ébranlement incessant de toutes les conditions sociales, l’insécurité et l’agitation perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les époques antérieures. Tous les rapports bien établis, figés par la rouille, avec leur cortège d’idées et de conceptions surannées et vénérables sont dissous ; tous les rapports nouveaux tombent en désuétude avant d’avoir pu se scléroser. Toute hiérarchie sociale et tout ordre établi se volatilisent, tout ce qui est sacré est profané et les hommes sont enfin contraints de considérer d’un oeil froid leur position dans la vie, leurs relations mutuelles. [ ] En un mot, elle [la bourgeoisie] se crée un monde à son image. »Face à elle, « de toutes les classes qui, aujourd’hui, font face à la bourgeoisie, seul le prolétariat est une classe réellement révolutionnaire. Les autres périclitent et sombrent avec la grande industrie, le prolétariat en est le produit le plus spécifique. Les classes moyennes, le petit industriel, le petit commerçant, l’artisan, le paysan, tous combattent la bourgeoisie pour sauver de la ruine leur existence de classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires mais conservatrices. Plus encore, elles sont réactionnaires, car elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. Si elles sont révolutionnaires, elles le sont en considération de leur passage imminent au prolétariat, elles ne défendent pas leurs intérets actuels, mais leurs intérets futurs, elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. Quant au prolétariat en haillons [lumprenproletariat], ce pourrissement passif des couches les plus basses de la vieille société, une révolution prolétarienne pourra le précipiter çà et là dans le mouvement, mais toutes ses conditions d’existence font qu’il sera plus disposé à se laisser acheter pour des machinations réactionnaires. »Moteur de l’histoire, exploité par la bourgeoisie, le prolétariat uni et organisé triomphera inéluctablement, scellant ainsi la victoire du travail sur le capital. C’est une fois au pouvoir que son role messianique se révélera en plein, que quasi-miraculeusement il mettra un terme aux luttes de classes : « Une fois que les différences de classes auront disparu au cours du développement et que toute la production sera concentrée entre les mains des individus associés, les pouvoirs publics perdront leur caractère politique. Le pouvoir politique au sens propre est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. Lorsque dans la lutte contre la bourgeoisie le prolétariat s’unit nécessairement en une classe, qu’il s’érige en classe dirigeante par une révolution et que, classe dirigeante, il abolit par la violence les anciens rapports de production, il abolit du meme coup les conditions d’existence de l’opposition de classes, des classes en général et par suite sa propre domination de classe. A la vieille société bourgeoise avec ses classes et ses oppositions de classes se substitue une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »Confinant au millénarisme, les ultimes paragraphes annoncent l’imminence de la « révolution prolétarienne » : « Les communistes tournent leur attention principale vers l’Allemagne, parce qu’elle est à la veille d’une révolution bourgeoise et qu’elle accomplit cette révolution dans des conditions plus avancées de la civilisation européenne en général et avec un prolétariat bien plus développé que l’Angleterre au XVIIe et la France au XVIIIe siècle, en sorte que la révolution bourgeoise en Allemagne ne peut etre que le prélude immédiat d’une révolution prolétarienne. [ ] Les communistes se refusent à dissimuler leurs opinions et leurs intentions. Ils déclarent ouvertement que leurs fins ne peuvent etre atteintes que grâce au renversement par la violence de tout l’ordre social du passé. Que les classes dominantes tremblent devant une révolution communiste. Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaines. Ils ont un monde à gagner. PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! »
Camarades des tous les pays, unissez-vous.
Il est très instructif et bien écrit.
aide a comprendre la mal qu’est le communisme et pourquoi il faut t’en le combattre et ne jamais plus le faire revivre.
Bonne lecture!
Très bonne qualité et livré en un temps record!